Les visages des RP danses - Genève

Les visages des RP danses - Genève

UN VISAGE PLURIEL


L'association des RP danses – Genève, constituée en mai 2008, compte 2 collaboratrices fixes (0,8 pt au total), 5 membres du comité et 160 membres professionnel·le·x·s représenté·e·x·s: interprètes en danse, porteur·euse·x·s de projets, chorégraphes, chargé·e·x·s de production-diffusion, administrateur·ice·x·s, enseigant·e·x·s, etc. 
Dans le cadre de nos 15 ans (anniversaire fêté le 15 mai 2023), découvrez ci-dessous et au fil des mois quelques-uns des visages* qui composent le bureau, le comité, ou encore les membres et partenaires de l'association. Bonne lecture !
(Avril 2023)

Fabio Bergamaschi (interprète et chargé de médiation), Caroline de cornière (interprète & chorégraphe, membre comité), Elsa Couvreur (chorégraphe), Cédric Gagneur (chorégraphe, interprète et enseignant), Edouard Hue (chorégraphe, membre comité), Margaux Monetti (interprète et médiatrice culturelle, membre asso), Tilouna Morel (interprète, membre asso), Marcela San Pedro (interprète, chorégraphe et chargée de médiation), Marie-Elodie Greco (collaboratrice au bureau de l'asso, danseuse, enseignante et chorégraphe), Barbara Yvelin (collaboratrice au bureau de l'asso), et d'autres pros à venir !

___________________ 

RENCONTRE #6 AVEC…



Mena AVOLIO (M.A) & Marie-Elodie GRECO (M-E.G.)
Propos recueillis par Anaïs Glérant et mis en forme par Noelia Tajes, collaboratrice administrative au bureau des RP Danses - Genève.

Originaire d’Italie et membre de l’association dès ses débuts, Mena Avolio est chorégraphe de la Cie Ôbains et professeure de danse. Elle a travaillé avec différentes compagnies à Genève, en Europe et au Canada. La danse a été une échappatoire au silence et à l'ennui qui lui a permis de traverser son épreuve d’émigration en Suisse à l'âge de 9 ans, où elle a dû se cacher avec sa sœur et son frère en attendant d'obtenir une régularisation...

Danseuse interprète, chorégraphe et professeure de danse contemporaine et de tango argentin, Marie-Elodie Greco s’est formée au CNSMD de Lyon en 2009 et y a passé son diplôme d’Etat de professeur de danse contemporaine, en 2015. En parallèle de sa carrière, elle organise les formations continues au sein des RP danses – Genève, les auditions d’entrée du dispositif sport-art-études (SAE), ainsi que les examens pour le CFC de danseur·euse contemporain·e·s.

 

RP danses – Genève Pour la 3ème année, notre association organise les auditions d’entrée et de maintien dans le dispositif* Sport-Art-Etudes du Service écoles et sport, art, citoyenneté (SESAC) du Département de l’Instruction Publique (DIP). Elles ont lieu les 2, 3 et 9 mars et impliquent 65 candidat·e·s âgé·e·s de 10 à 19 ans. Peux-tu nous en parler ?

M-E.G. C’est un dispositif qui permet aux jeunes talents de concilier formation et pratique artistique de haut niveau. Malgré le contexte de l’audition qui implique un stress important pour les candidat·e·s, c’est une chance d’être témoin de leur évolution, pour certain·e·s depuis 3 ans. Ce sont des années d’investissement qui impliquent l’enfant, ses professeur·e·s de danse mais aussi toute sa famille. La possibilité de bénéficier d’horaires adaptés est une vraie opportunité qui allège leur quotidien. Dans mon rôle, j’essaie d’apporter une vision professionnelle du métier et de questionner le contenu des auditions pour qu’il s’adapte à la réalité du terrain. Ce qui est attendu d’un·e danseur·eus·e évolue et les auditions doivent s’y adapter. Nous travaillons en collaboration avec les écoles impliquées pour penser ces changements ensemble.  

 

RP Danses – Genève Depuis combien de temps exerces-tu le métier d’enseignante et comment y es-tu arrivée ?

M.A. Lorsque les opportunités de danseuse professionnelle ne se présentent pas, l'enseignement peut être une façon de rester dans le métier. Mais au fil des années, l’enseignement est devenu aussi une passion et une belle reconnaissance auprès des danseur·euse·s amateur·ice·s ou professionnel·le·s. Avec plus de 20 ans d'expérience dans l'enseignement de la danse, j’ai acquis et développé des compétences pédagogiques solides. Aujourd’hui je me sens vraiment légitime dans mon rôle d’enseignante et de chorégraphe.
M-E.G. J’ai commencé à enseigner le tango argentin et la danse contemporaine aux enfants dès ma sortie de conservatoire en 2009. Au début, sans expérience préalable d’enseignement, c’était assez stressant. J’ai testé des choses, échangé avec d’autres personnes qui enseignaient … Assez rapidement, une compagnie avec laquelle je travaillais m’a proposé de donner beaucoup d’ateliers de Danse à l’Ecole. Cela a été très formateur d’enseigner avec le double objectif que l’expérience des classes soit enrichissante et d’obtenir un spectacle en une douzaine de séances. C’est un format que j’aime beaucoup, notamment car il permet un accès démocratique à la danse, les enfants découvrent des métiers de spectacle et surtout se découvrent et se dépassent dans un projet collectif.

 

RP Danses – Genève Pour quelle(s) raison(s) as-tu choisi de devenir membre des RP Danses - Genève ?

M.A. Parce que l'existence d'une association est indispensable. Elle représente un soutien précieux à la fois pour la reconnaissance de notre profession et pour son évolution. Une association professionnelle peut jouer plusieurs rôles importants. Tout d'abord, elle peut œuvrer pour la promotion de la danse en tant que métier à part entière, en sensibilisant le public et les autorités aux spécificités et aux enjeux de notre domaine. Elle peut également s'engager dans des actions de plaidoyer afin d'obtenir une meilleure reconnaissance légale et institutionnelle de notre profession, ce qui peut conduire à une amélioration des conditions de travail, des droits et des protections sociales pour les danseur·euse·s et les professeur·e·s de danse.

En outre, une association peut offrir un espace de partage, de soutien et d'échange entre les professionnels de la danse, favorisant ainsi la solidarité et la collaboration. Elle peut organiser des formations, des événements, des rencontres et des réseaux qui permettent aux membres de se développer professionnellement et de rester informés des dernières évolutions.

Une association professionnelle dédiée à la danse est un pilier essentiel pour défendre nos intérêts communs, faire valoir notre métier et contribuer à son évolution positive.

M-E.G. J’ai découvert l’association par le biais des formations continues. A mon arrivée en Suisse, je cherchais à poursuivre mon entrainement et rencontrer des personnes. Je ne voyais pas passer d’avis d’audition pour essayer de développer mon réseau, les formations étaient une bonne opportunité. J’ai découvert dans un deuxième temps tout le travail qui était fait pour améliorer les conditions de travail des danseurs·euse·s, la reconnaissance du métier. Chaque personne qui est passée par l’association a donné de son temps et de son énergie pour faire avancer les choses. Cela m’a semblé important de soutenir l’association en devenant membre. Je l’ai ensuite rejointe en tant que membre du comité pour participer à l’interne sur certains dossiers. Les questions liées à la formation m’ayant toujours intéressée, j’ai pris de plus en plus part à ces questions pour finir par quitter le comité et travailler au sein du bureau.


RP Danses – Genève Rencontres-tu des problématiques inhérentes à ta profession ainsi qu’au milieu pro dans lequel tu évolues ? Et selon toi, est-ce que ces problématiques évoluent avec le temps ?
M.A. Oui, c'est incroyable mais vrai, de nos jours, il faut encore se battre pour obtenir un contrat de travail dans les règles, sans parler des assurances, du salaire, de l'absence de perte de revenus et même de la perspective d'une retraite à 65 ans qui peut être très difficile physiquement pour un danseur ou un professeur, par exemple. Malheureusement, tous ces domaines n'évoluent pas vraiment. La chose positive est qu'aujourd'hui, certaines formations supérieures abordent tous ces aspects du métier et les jeunes danseurs, contrairement à ma génération, deviennent plus attentifs à ces questions. Cependant, il est regrettable que cela ne se produise pas dans toutes les formations.
M-E.G. Je dirais que mes problématiques sont surtout liées à la conciliation de l’ensemble de mes activités. Elles ont des rythmes et des temporalités différentes avec lesquelles il est parfois difficile de jongler. C’est une situation qui me semble assez commune parmi mes collègues. Notre milieu manquant de ressources pour fournir du travail correctement rémunéré à tous·tes, nous sommes nombreux·euse·s à cumuler plusieurs postes sans pour autant parvenir à une sécurité financière à la hauteur de l’investissement. J’ai été longtemps frustrée de sentir que parfois je ne peux pas être disponible à 100% dans une situation car j’ai d’autres projets en cours qui demandent de l’attention. Au fil du temps, je me suis rendue compte que c’était une chance d’avoir une vue globale sur la profession. Ne pas dépendre uniquement du fait d’être embauchée par une compagnie, ou d’obtenir des fonds pour un projet, ou que mes élèves soient suffisamment nombreux·euses m’apporte de l’autonomie. 

Je trouve que c’est un message important à transmettre aux jeunes danseur·euse·s, nous avons un ensemble de compétences développées au fil de notre parcours et elles peuvent être réinvesties dans différentes situations. 

 

RP Danses – Genève Qu’est-ce que tu aimes particulièrement dans ton métier ?

M.A.Comme je l’ai dit au début, pour moi la danse a été un moyen de communication salvateur. En arrivant dans un pays que je ne connaissais pas, où tout m’était étranger, j’ai pu laisser libre cours à mon imagination et m’exprimer à travers le mouvement, d’ailleurs encore aujourd’hui, il m’est plus facile de danser que de m’exprimer verbalement. Il y a aussi le partage avec les élèves, la transmission, qu’ils soient professionnels ou pas, m’apportent un équilibre dans ma vie professionnelle. La création est aussi un élément indissociable, elle me permet d’évoluer, de rester dans le mouvement et d’expérimenter toutes les émotions. On ne peut pas tricher avec la danse, et si cela arrive, souvent on se blesse. Comme les musicien·ne·s, les danseur·euse·s sont dans un monde à part. La danse n’est pas palpable tout comme la musique. Ce sont des sensations, des émotions, des voyages à travers nous-mêmes, avec les gens, avec le public. La danse est une leçon vie.
M-E G. Sa diversité et la richesse des rencontres que j’y fais. Chaque personne a une manière personnelle de vivre son rapport à la danse, son point de vue artistique, pédagogique … Chaque rencontre me nourrit et s’infiltre dans une de mes autres pratiques. J’aime beaucoup vivre cette porosité entre les choses, les mettre en lien malgré leur apparente différence. Je côtoie des enfants de 2 ans comme des personnes de plus de 80 ans dans mes cours, c’est très riche de chercher à comprendre ce qui est important pour chacun·e, ce qui va les toucher, les émouvoir et les mettre en mouvement.

 

RP Danses – Genève Quels types de public as-tu dans tes cours ? Combien d’heures par semaine enseignes-tu ?

M.A. Des adultes de tous âges, de 18 à 70 ans, assistent à mes cours. Cette différence de génération est une source constante d’apprentissage et d’inspiration, ce qui fait partie de la beauté de mon métier. J'enseigne environ 11 cours par semaine, ce qui représente environ 20 heures de cours effectifs, sans compter les heures de préparation qui s'élèvent à environ 8 heures par semaine. À côté, il y a les répétitions pour les spectacles qui sont difficilement comptables… Pendant 10 ans, j'ai enseigné aussi aux enfants dès l'âge de 8 ans, mais avec le temps, je me suis finalement sentie plus à l'aise avec les adultes.

M-E G. Cela a beaucoup varié selon les années, j’ai une longue expérience avec les enfants en danse contemporaine, notamment avec les projets de Danse à l’Ecole que je développe maintenant avec Natacha Garcin et la compagnie En Cie d’Eux et un poste dans la garderie-école L’écoline qui est inspirée par l’approche Reggio Emilio. L’art y est inclus dans le cursus scolaire. Cette année, j’ai arrêté les cours adultes en danse contemporaine pour dédier plus de temps pour mon propre travail créatif, je continue à enseigner le tango argentin et donc à être en contact avec un public amateur adulte.


RP Danses – Genève Un mot de la fin (une expérience à partager…)

M.A. Deux ans après mon arrivée en Suisse, je dansais tellement à la maison que ma mère m’a amenée dans une école de danse classique juste en face de chez moi. J'avais 11 ans. Le professeur, en me regardant, m'a dit que j'étais trop grosse et trop vieille. Je suis sortie en pleurs et je n'ai pas voulu aller dans une autre école. Pendant longtemps, j'allais regarder les cours derrière les fenêtres. Avec le temps, ma passion a pris le dessus sur la déception et ma sœur m’a amené dans une autre école de danse. Plus tard, j'ai recroisé ce professeur, mais il ne se souvenait pas de moi, alors que moi, je me souvenais de lui. Depuis cet incident, j'essaie de rester fidèle à une note importante dans ma vie : « Ne fais jamais aux autres ce que tu n'aimerais pas qu'on te fasse ».


___________________


RENCONTRE #5 AVEC…





Cédric Gagneur (C.G.) et Elsa Couvreur (E.C.)

Propos recueillis & mis en forme par Anaïs Glérant, Barbara Yvelin & Marie-Elodie Greco, bureau des RP danses - Genève

Elsa Couvreur, membre de l’association dès ses débuts de carrière de performeuse en 2011, est co-directrice de l’association Woman’s Move depuis 2012 (direction partagée avec Iona D’Annunzio). Elle réalise différents projets qui mêlent danse et théâtre (solos, duos ou pièces de groupe). Originaire de Belgique, après avoir étudié 3 ans à l’Ecole du Ballet Royal d’Anvers, elle est venue à Genève poursuivre sa formation au Ballet Junior et n’est plus jamais repartie. Cédric Gagneur, membre depuis 2013, est un danseur issu de la culture Hip Hop et plus particulièrement du breakdance, Il s’est formé au Ballet Junior (Genève) puis à La Manufacture (Lausanne). Il est interprète depuis 2013 et chorégraphe de la compagnie Synergie depuis 2017.


RP Danses – Genève Pour quelle(s) raison(s) as-tu choisi, à l'époque, de devenir membre des RP Danses-Genève ? Pour quelles raisons l'es-tu toujours ? Comment cette association t'accompagne-t-elle au quotidien ? Quels sont ses points forts selon toi ?

E.C. Lorsque j’ai commencé à être porteuse de projets, j’ai dû développer de nombreuses compétences pour lesquelles je n’avais pas été formée. L’association propose des ressources sur l’administration et la diffusion notamment. L’échange que les RP Danses permettent entre les professionnel·le·s de la danse dans la région genevoise m’est vraiment précieux.

C.G. Pour plusieurs raisons : bénéficier de l’aide administrative et des ressources, comprendre un peu mieux la scène de la danse genevoise et avoir accès aux stages au tarif membre. Je suis toujours membre car je pense que le travail de l’association est toujours très utile et important pour la scène de la danse en général.


RP Danses – Genève Rencontres-tu des difficultés particulières dans ton domaine ? Et selon toi, est-ce qu’elles évoluent avec le temps ? Quelles sont tes préoccupations actuelles en tant qu’interprète, chorégraphe … ?

C.G. J’ai surtout des préoccupations en tant que chorégraphe, sur la diffusion et la simplicité dans la production. J’essaie de faire des pièces qui peuvent être intéressantes et qualitatives, au processus de production léger et de faible coût, qu’elles soient techniquement simples et avec une grande adaptabilité pour la diffusion. Je fais dialoguer pragmatisme et artistique sans m’empêcher de rêver : j’essaie de rêver les pieds sur terre et surtout les pieds dans le marché actuel.

E.C. Mon questionnement se porte sur le fait de gérer un groupe. En tant que chorégraphe, nous ne sommes pas du tout formé·e·s au management. C’est un des sujets dont on parle de plus en plus, notamment via les questions de harcèlement au travail. Les RP danses-Genève s’engagent sur ces questions-là, favorisent la prise de parole et l’échange. Je ne peux que m’en réjouir et espérer qu’on continue sur cette voie.


RP Danses – Genève Qu’est-ce que tu aimes particulièrement dans ton métier ?

E.C. Le partage avec le public. C’est vraiment jouissif pour moi de voir que les délires que je me tape toute seule dans ma tête touchent les gens et peuvent les faire rire ou s’émouvoir. Rien ne vaut la magie du partage avec le public. C’est également pour cette raison que j’essaie de tourner un maximum les pièces que je crée.
C.G. J’aime la diversité des performances, la liberté et la responsabilité dans la gestion de mon planning. J’aime rencontrer des artistes et partager avec eux, même si ce n’est souvent que sur des courtes périodes, ainsi que développer des relations avec d’autres humains-artistes à long terme. 


RP Danses – Genève Que fais-tu actuellement ?

C.G. Je travaille sur ma nouvelle pièce, Entrelacés, un duo de breakdance avec Ernesto Marquez et le guitariste Bruno Dias, présenté du 28 février au 2 mars 2024 au Théâtre de l’Etincelle et sélectionné en tant que projet national pour la Fête de la Danse 2024. Je suis en train de créer une scénographie pour une nouvelle création intitulée Faces avec Evita Pitara et je suis également interprète pour la Cie Champloo / spectacle NALC, la Cie Bollwerk / spectacle #knochen, la Cie Mûes / specatcle Deseos. J’enseigne depuis cette année l’improvisation et la composition au CFC danse contemporaine à Genève et j’interviens dans des cycles en lien avec la saison et la médiation du Théâtre Am Stram Gram.

E.C. J’ai récemment représenté mon solo The Sensemaker pour la 100ème fois à Reykjavik en juin dernier (!) et plus récemment au Tanzfestival Winterthur et à Schauwerk Schaffhausen en novembre. Ma dernière pièce de groupe, PATIENCE, une pièce de danse-théâtre sur l’addiction à internet, a vu ses premières au Théâtre de l’Etincelle à Genève en octobre dernier. Prochainement, je pars à Zurich pour remonter ma pièce « Let’s Start Again » pour les élèves de l’école professionnelle Tanzwerk101.


Suivez leurs actualités sur leurs sites internet, Cie Synergie et Woman’s Move



 

_____________________

RENCONTRE #4 AVEC...


Fabio Bergamashi (F.B.) & Marcela San Pedro (M.S.P.),
membres de l'association depuis les débuts de l'association en 2018.
Propos recueillis & mis en forme par Anaïs Glérant & Barbara Yvelin, bureau des RP danses - Genève

Fabio Bergamashi est venu à la danse contemporaine à ses 18 ans, dans le but de trouver un espace de liberté et exprimer sa singularité. Il s’est formé en Italie, avant de d’émigrer en Suisse, afin de développer plus profondément sa recherche sur la danse contemporaine. Danseur-interprète depuis vingt-cinq ans, il est actuellement impliqué dans des divers projets en Suisse et à l’étranger. En 2015, il a obtenu à Lausanne un CAS en médiationculturelle. Maman de deux grands garçons, Marcela San Pedro est née au Chili. Elle s’est principalement formée à la Folkwanghochschule - Essen, avant de s’installer à Genève en 1995 où elle a été interprète pour différents chorégraphes et metteur.e.s. en scène suisse romands et étrangers, dont notamment Noémi Lapzeson, pendant près de vingt ans. En parallèle, elle crée des spectacles avec sa propre structure, Le Ciel Productions, depuis 1999. Avec le soutien de Danse Transition, elle a récemment obtenu un bachelor en psychologie à l’UNIL et effectue actuellement un master en psychomotricité à la HETS. Fabio & Marcela sont membres des RP danses – Genève depuis les débuts de l’association en 2008.


RP Danses – Genève En tant qu’interprètes expérimentés, quand et comment avez-vous pris conscience que continuer comme avant devenait difficile ?
F.B.
Je constate une tendance à me tester pour savoir si je suis encore capable et le manque de confiance qu’on m’accorde parfois est difficile. A partir d’un certain âge, on est considéré comme dépassé ou moins capable d’être performant ou novateur. Ça découle d’un système qui valorise la jeunesse au détriment de l’expérience.
M.S.P. Après trente ans de danse, je crois avoir gagné en expérience et en savoir-faire, mais au niveau physique, le corps ne suit plus. Je rencontre entre autres des problèmes d’articulations. D’autre part, psychologiquement, tenir ce rythme de vie – horaires tardifs et irréguliers, précarité financière, instabilité – génère à mon avis une forme de fragilité chronique globale.

RP Danses – Genève En somme, des modes de travail précaires et non adaptés aux rythmes des âges ainsi qu’un manque global de reconnaissance mettent à mal la résilience sur le long terme ?
M.S.P
Le décès de Noémie Lapzseson a été un événement marquant pour moi. Ça m’a montré ce que cette vie d’artiste chorégraphique peut faire à quelqu’un, lorsque tu as tout donné et qu’au bout du compte il ne te reste que très peu.
F.B. Les salaires sont la plupart du temps transversaux, mais ne s’adaptent pas forcement au niveau d’expérience et des compétences acquises. Le seul moyen d’évoluer financièrement est alors de cumuler les tâches et les empois. Plus on avance dans l’âge, plus on est obligé de travailler pour plusieurs employeur·euse·s par mois, afin de pouvoir trouver une stabilité financière minimale, ce qui amène à ce que j’appelle une certaine « schizophrénie » du danseur·euse. Situation pas forcément adaptée aux énergies et aux rythmes des interprètes plus matures, notamment au temps de récupération nécessairement plus long et à une fragilité physique plus accentuée par l’usure du corps.
M.S.P. Ce sont déjà toutes les contraintes sur lesquelles les RP danses - Genève travaillent telles que les bas salaires, la précarité des contrats. Avec le temps et l’âge, ces contraintes deviennent de plus en plus difficiles à vivre. La précarité du système engendre, dans la durée, une violence psychologique car c’est une manière de te dire que tu n’es pas très important alors que tu travailles de façon compétente et acharnée depuis plus de vingt ans.

RP Danses – Genève Se reconnecter à soi et ses valeurs, trouver du sens, valoriser ses compétences tout en continuant à les développer… Quel a été l’événement déclic pour vous ?
F.B. Je me rappelle d’une pièce de Merce Cunningham, où lui-même dansait sur scène, dans la période où il était déjà atteint d’une grave arthrose déformante. Il dansait dynamiquement, attaché à une barre de danse en guise de béquille. Il dansait sa vérité la plus forte, la plus émouvante et extraordinaire. Un exemple qui m’a donné la motivation de faire ce que je fais. Je trouvais très juste de valoriser cette singularité sans jugement. Je cherchais un endroit où je pouvais exister sans avoir à me justifier et c’est dans la danse contemporaine qui privilège l’improvisation que j’ai pu le faire. Cette expérience a changé mon regard sur la vie. Pour moi, la médiation en danse parle de ça. Monter des projets artistiques qui aident le public à faire une expérience émotionnelle et esthétique et à voir autrement le monde. C’est une manière de transmettre ma passion et de pousser plus loin mes compétences acquises au travers du métier d’interprète.
M.S.P. C’est en travaillant auprès de l’association dansehabile que j’ai redécouvert l’intérêt de la notion de soin. Grâce au travail avec ces membres, je me suis dit qu’il serait intéressant et utile de repenser et d’orienter ce que j’avais appris au travers de ma pratique dans une perspective thérapeutique. Je me suis alors tournée vers la psychomotricité. A posteriori, si je pense d’où je viens, avec des parents médecins, cette direction semble être en cohérence avec mon milieu d’origine. Il me semble aujourd’hui évident de tenter de construire une passerelle entre la danse, le mouvement et le soin. Sans abandonner totalement la création, mon espoir c’est d’être quelqu’un qui a dans sa valise des outils pour aider les autres. C’est ça qui me motive et qui fait sens pour moi aujourd’hui.

Octobre 2023

__________________________

RENCONTRE #3 AVEC...